Ce matin-là, quand le printemps vint à ma porte
Comme un doux faire-part, celui qui réconforte,
Je l’ai tôt fait entrer pour laisser son soleil
Pénétrer en mon cœur, réchauffer mon réveil.
Il m’a vite incitée à une promenade.
J’ai choisi cet endroit longtemps remis en rade,
"Le quartier de Sainte Anne" où j’aimais bien, enfant,
Y pécher des tétards. C’est si loin maintenant!
Le ruisseau, toujours là, en face la chapelle
Mais la mare n’est plus dans la belle parcelle.
A présent, où paissaient quelques petits troupeaux
De vaches et de chèvres avec leurs chevreaux,
Serpentent des chemins et par endroit, un pont
Fait de planches de bois, quelques bancs...
"Mais où sont
Tous les pommiers à cidre qui meublaient l’espace?
C’est un tas de maisons maintenant à leur place!
Plus un seul peuplier souffle au vent de doux chants!
La campagne n’est plus, n’existent plus Mes champs!
Combien de fois laissai-je ma fenêtre ouverte
Sur la vaste prairie, aux beaux jours, tendre et verte?
J’aimais tant contempler le paisible tableau,
Savourer le refrain des notes d’un oiseau.
Je fus comme étourdie et l’âme vagabonde
J’avançais, nostalgique, en ce tout nouveau monde:
Les souvenirs passaient au rythme de mes pas.
Soudain, tout s’évanouit : d’un seul coup, patatras!
Car la réalité sut me faire violence:
Qu’était donc devenu l’arbre de mon enfance,
Ce si beau chêne ami, monument naturel,
Celui que je croyais pour toujours éternel ?
Il n’était plus que tronc, d’à peine un demi mètre!
Tout ce qu’il en restait, oui, pour le reconnaître,
Un bout de souche emplie d'un bon et doux produit
Pour qu’il devienne un jour totalement détrui.
Lui qui trônait si fier dans ce beau paysage!
Jamais je n’aurais cru pour lui un tel présage.
Pourquoi n’était-il plus dans ce neuf horizon
Dans son coin de jardin derrière "notre" maison?
Je venais de vieillir comme mon arbre en sorte...
Printemps, je t’en voulu : j’étais comme un peu morte.
Car ô combien de fois évoquant "ma" maison
Je vivais son jardin à la belle saison ;
Mon chêne la berçait par sa douce présence:
Lui qu’était plus qu’un arbre avait son influence.
Ce chêne en mes pensées, vaillant, toujours si fort,
Non, il ne pouvait pas être atteint par La Mort !
L’était dans le quartier l’unique connaissance
Qu’il me restait du temps béni par
l’insouciance.
A sa porte j’allai du secours demander.
Je ne rêvais donc pas : on a pu m’expliquer.
"Il n’a pas survécu ; la très forte tempête
Du nouveau millénaire arracha son beau faîte.
Sa ramure brisée et son tronc dénudé
Faisaient qu’on ne pouvait plus rien pour le sauver."
Je venais de vieillir comme mon arbre en sorte...
Une part de ma vie poussait une autre porte:
L’enfant au fond de moi se
devait de grandir.
Je le compris alors: on passe pour mourir.
Il faut tracer des signes
et signer des traces.
Une feuille de "Mon arbre".
Je l''avais ramassée en juin 1992 quand il était encore "fier" et droit sur ses racines.
Je la garde précieusement dans mon recueil de poésie, entre les pages de mes trois poésies sur "mon arbre".
La photo de la souche placée au coeur de ma poésie est celle que j'avais prise en février 2003.
Car, combien il fut apprécié et aimé par les personnes de ma propre famille ce si beau chêne!
Je suis allée m'y
promener, dans ce quartier de mon enfance, après mon travail.
Combien il a pu changer cet endroit haut perché de la ville! De part et d'autres, les deux casernes ont été
désaffectées et beaucoup de leurs bâtiments ont été détruits comme tous leurs grands murs qui longeaient la route. Beaucoup de maisons ont été rasées aussi.
Et "mon" chemin, tour à tour de jeune écolière puis de collégienne, est méconnaissable. J'ai eu peine à
me retrouver dans cet endroit tout fraichement rénové. J'y étais déjà passée plusieurs fois en voiture mais cela n'est pas pareil à pieds.
J'ai donc eu l'impression en travesant tous ces nouveaux abords d'être une parfaite étrangère.
Seules, quelques anciennes demeures que je reconnaissais m'ont aidée à me resituer par rapport à tous ces
nouveaux ronds-points, à toutes les avenues élargies, encore de nouvelles. L'immense espace vide et sans vie me donnait le vertige.
J'ai pris quelques photos du parc derrière la maison. J'ai même "papoté" avec une charmante dame qui promenait son petit chien, là où j'aimais jouer petite. Nous avons évoqué
chacune quelques souvenirs...
Mais le plus important,
c'est que j'y ai retrouvé la souche de mon arbre!
Toujours là, elle était!
La liqueur empoisonnée par les doux produits et déversée dans des trous percés tout exprès pour ce faire n'avaient pas eu raison
d'elle.
"Mon arbre" ne veut sans doûte pas complètement mourir...
J'en suis satisfaite, et même heureuse...
C'est bête, tout de même, non?
Et voici que des mots nouveaux me trottent dans la tête pour évoquer ma joie de ce jour. Car, en fin de compte, c'est vrai que je suis bien contente
de le savoir encore présent dans son coin, même s'il n'est plus qu'un morceau de tronc bien fragile en somme.
Il se pourrait bien alors qu'il y aura un autre épisode à venir bientôt...
- Dabord par mes parents et mes soeurs, mes grands-parents.
- Plus tard, je le suppose, par ceux qui ont occupé à tour de rôle "notre" maison puisqu'il était toujours debout, bien à sa
place, au fond du grand jardin.
J'avais une très forte envie ces jours-ci de retourner voir mon ancien quartier.
Et, hier après-midi, je me suis décidée...
J'ai écrit cette poésie en 2004.
Celle-ci ferme
le troisième volet de la trilogie des trois poésies que j'ai écrites sur « Mon arbre ». ( 1: Retour aux sources ; 2: L'arbre des souvenirs )
Je n'ai réussi à composer ces derniers vers que plus d’une année après la
découverte de « mon » arbre mort. J'avais fait ma triste découverte de la disparition de ce si beau chêne en février 2003.
Il avait donc bercé mon enfance et mon adolescence au fond du jardin de la maison
familiale mais n'avait pas été épargné au cours de la tempête du 25 décembre
1999.
Vos p'tits coms!